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Tendance : la victoire de l’économie partagée

Si Uber a été écarté par les autorités, la Corée du Sud n’est pourtant pas insensible à la déferlante de l’économie partagée.

sharingcityseoullogoC’est tout d’abord avec un certain scepticisme que les Coréens ont vu débarqué les monstres californiens de l’économie partagée. Avec un marketing agressif, Airbnb s’est vite imposé dans le paysage coréen (11 000 logements seraient proposés sur le site) tandis qu’Uber se faisait sortir du marché par une interdiction pure et simple de déployer son service. Mais dans la péninsule, les autorités locales ont tout de suite compris l’intérêt de ce type de services. Ainsi « So Car » porté par la municipalité de Séoul, la version locale d’Autolib, offre un service de voitures partagées qui a connu un succès foudroyant : 3000 voitures de disponible pour un million d’utilisateurs.

Au final Séoul se veut la ville du partage et en a fait sa priorité. Courant 2015, la municipalité a décidé de soutenir 57 organisations ou sociétés pendant 2 ans. Le but à terme est de promouvoir plus de 300 initiatives d’ici 2018 touchant l’économie du partage. Il y a tout d’abord So-Car et Green Car pour les voitures partagées mais c’est aussi le parking avec Modu-Parking qui met à disposition 2000 places de parking disponibles pendant les heures de bureau. Concernant les transports, la plus originale est Call Bus ; un service de bus de nuit (des mini-bus de 13 places) à la demande qui sont commandés via l’application Callbus LAB.

Mais la volonté de la métropole n’est pas de rester cantonnée dans le transport et ses services associés mais d’étendre les champs des possibles de l’économie partagée à d’autres secteurs. Cela peut tout aussi bien concerner des secteurs liés à la petite enfance ou au service à la personne. Kiple propose ainsi 8 millions de vêtements pour enfant en partage à travers un réseau de 230 garderies affiliées. PJT OK s’est spécialisé dans le partage d’appartement pour les personnes vivant seule avec comme potentiels utilisateurs les étudiants à la recherche d’un logement bon marché.

 

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Share Seoul

Le succès de certaines initiatives est tel que la ville de Séoul se lance dans des projets plus ambitieux comme le partage de voitures à l’échelle d’une résidence de grands ensembles, des partages de vêtements à l’échelle d’un arrondissement, des horaires étendues pour les musées et les galeries, la location d’espaces non utilisés pour l’organisation d’événements ou de réunions etc … Sept secteurs stratégiques ont été définis : transport, tourisme, place de parking, taxe (exemption de taxes quand un édifice religieux met à disposition des locaux), secteur alimentaire, assurance et construction. De nouvelles pratiques qui pour beaucoup restent encore à identifier mais qui feront de Séoul, d’ici 2018, la ville de référence à travers le monde de l’économie partagée. Clubs et nouvelles écoles sont là  pour vanter et former aux bénéfices attendus de cette approche novatrice de la consommation. De même des forums d’échanges sont créés afin de faire remonter des idées, des bonnes pratiques et d’identifier des besoins. Le robinet à idées est ouvert et c’est une véritable déferlante de services novateurs qui sont proposés :

 

  • Cinegg, Runpiano, Buskingplay, Bookmetro pour la culture,
  • Cocopalms, Zipbob pour la restauration,
  • Marketinyou, Fairspace, Livingnart, Nmarket pour le commerce,
  • Myrealtrip, Playplanet pour le tourisme,
  • Opencolleage, Wisdom, Onoffmix, Lingofly, Airklass pour l’éducation et la formation,
  • Norizzang pour les loisirs créatifs et le « do it yourself »,
  • etc…

Pourtant un handicap majeur risque de plomber les plus intéressantes de ces initiatives : la régulation excessive parfois obsolète de secteurs entiers de l’économie. En effet certains services cessent dès leur lancement car ils entrent en concurrence ou en conflit avec des secteurs protégés et qui se retrouvent de fait fragilisés. C’est bien le grand défit qui attend le gouvernement coréen dans les années à venir : déréguler une économie sous contrôle étatique sans pour autant mettre en péril le devenir des entreprises déjà en place et cela tout en évitant la grogne sociale. Vaste défit à relever surtout quand le pays est à l’orée d’une crise économique majeure.

Tendance : One-person media

La Corée du Sud  est le pays au monde qui connait le plus fort taux de possession de smartphones par rapport au reste du monde; les 18-34 ans étant tous équipés. Aux nouvelles pratiques numériques apparaissent une nouvelle forme de média. L’individu est en passe de devenir de part l’utilisation qu’il fait du web, un média à part entière.

Kiev, Ukraine - May 20, 2013 - A social media logotype collection of well-known social network brand's placed on modern computer keyboard. Include Facebook, YouTube, Twitter, Google Plus, Instagram and more other logos.

Le programme « My Little Television » de la chaine MBC en proposant des videos d’experts ou célébrités a marqué un tournant en soulignant cette tendance de fond. Les utilisateurs ne sont plus des simples consommateurs mais des producteurs de contenus. En Corée du Sud, Afreeca TV a d’abord ouvert la voie dans laquelle s’est engouffrée Youtube. Les utilisateurs téléchargent en nombre du contenu qu’ils produisent: du tutoriel de maquillage au Let’s play d’un jeux vidéo. Les chaines abondent sur Youtube. Certaines réunissent plusieurs millions d’abonnées avec des chiffres d’audience qui feraient rêver n’importe quel programmateur TV.

Les contenus sont de plus en plus monétisés soit par la publicité gérer par la plateforme, soit par les bloggers eux mêmes qui ventent les mérites de produits contre rémunération.

La prochaine étape passe par la rationalisation de ces réseaux multi-canaux (Multi Channel Network) qui ont pour tâche de monétiser les contenus produits. Plusieurs startups travaillent dessus à côté de gros opérateurs comme CJ qui a lancé sa propre chaîne, DIA TV. En 2015 la société Treasure Hunter a ainsi levé 9 millions de dollars afin de devenir leader sur ce marché.

Des utilisateurs diffuseurs et producteurs de contenus

Ce phénomène d’hybridation entre media et individu ne s’arrête pas à une simple chaîne Youtube. A terme en Corée du Sud la diffusion des contenus ne passera plus par des modèles centralisés comme des journaux, propriétés de quelques uns mais diffusés en masse. En effet la diffusion se fait de plus en plus via les réseaux sociaux et portée par les utilisateurs. Un utilisateur devient ainsi un media à part entière, diffuseur et producteur de contenus que cela soit par des commentaires, des opinions ou autres via des plateformes videos, de blog, des sites web personnels ou les réseaux sociaux. Si la video a trouvé son modèle économique, il reste pour les autres formats un champs de possibles à explorer qui laisse entrevoir une profonde révolution qui va impacter notre rapport à l’information.

C’est donc un nouvelle forme de média qui émerge. Les autorités de régulation sont pour l’instant dans l’expectative ne sachant trop comment responsabiliser ces nouveaux producteurs de contenus sans enfreindre la liberté d’expression. Tâche ardue quand l’ampleur du phénomène, sa portée et son incidence sur la société ont encore des contours très flous.

Tendance : vers l’autonomie alimentaire des urbains

Lors de la Cop21, la Corée du Sud a battu sa coulpe alors que lui était reproché ses mauvais résultats sur le plan du réchauffement climatique. Pourtant le pays est entrain de vivre une véritable révolution verte. Si les efforts entrepris dans le secteur de l’énergie ne portent pas encore leurs fruits, l’agriculture locale et citadine est en plein boum.

Junghwa-dong, Seoul (©Korea JoonAng Daily)

Cela a commencé par des lopins de terrain coincés entre deux immeubles que les grand-mères cultivaient. On les imaginait vendre leur maigre récolte au marché local.

Mais après les différents scandales touchant l’alimentation, chacun s’est pris à rêver de posséder un peu de terre où il pourrait cultiver quelques légumes pour sa consommation personnelle. Travailler au jardin peut être très valorisant dans une société déboussolée où l’argent et l’apparence semblent être les seules valeurs, surtout si celui-ci produit des légumes et des fruits que l’on partagera avec la famille et les amis.

Au final depuis quelques années les villes se font envahir par des potagers privés. Toit, balcon, véranda, lopin de terre au pied des immeubles, salade et chou sont partis à la conquête du béton. Si le phénomène a débuté timidement en 1992, c’est aujourd’hui une des grandes tendances de la société coréenne à un point tel que beaucoup d’urbains arrivent à l’autonomie alimentaire.

Ces potagers citadins répondent ainsi à plusieurs attentes :

  • une consommation locale qui gagne de plus en plus en notoriété,
  • un besoin de retour à une vie plus saine, plus en rapport avec le cycle naturel des choses,
  • trouver une solution au coût excessif des légumes (à Séoul, manger au restaurant coûte moins cher que de manger à la maison),
  • la joie du partage de la récolte avec ceux qui en ont besoin; le partage solidaire est un des fondements de la culture coréenne.

Le virus se diffuse dans toutes les couches de la société et les fermiers citadins voient leur nombre monter en flèche, multiplié par 6 par rapport à 2013. Le phénomène est loin d’être marginal puisque de plus en plus pris en compte par la politique de la ville. Certains arrondissements de Séoul défendent le droit à la plantation pour les citadins ; l’arrondissement de Gangdong porte le projet « un jardin par maison » à l’horizon 2020 ou même Gwangjin qui propose à ses administrés les bacs nécessaires pour faire de la culture hors sol. La mairie centrale de Séoul s’est même engagée dans un plan ambitieux afin de développer 18 fermes de production maraichère qui ne doivent pas être à plus de 10 minutes à pied pour s’y rendre à partir de chez soi.

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Une délégation de la mairie d’arrondissement d’Eunpyeong (Séoul) aux Jardins du ruisseau (© Jardins du ruisseau).

2020 est aussi la date que s’est fixée le gouvernement pour amener 5 millions de Coréens à devenir jardiniers. Pour que la greffe prenne, l’intervention de l’Etat consiste à fédérer des communautés de jardiniers et les former mais aussi à libérer des espaces comme des toits d’écoles, de bâtiments  d’administration et de rendre accessible des terrains gouvernementaux en friche. Pour renforcer ce dispositif, le benchmarking est encouragé et des délégations chargées du développement local déboulent en Europe pour étudier les pratiques innovantes dans le domaine. C’est ainsi qu’un jardin de riverains à Paris, Les Jardins du ruisseau, est devenu au fil des années un des points d’étape de ces délégations. Et si la communication nécessite un interprète, la success story de la Porte de Clignancourt laisse entrevoir de nouvelles opportunités à mettre en œuvre à Séoul ou à travers le pays. L’arrondissement d’Eunpyeong s’est ainsi inspiré de l’expérience parisienne lors d’une rénovation d’un quartier de sa circonscription, des parcelles ont été cédées aux écoles environnantes et aux habitants afin qu’ils créent des potagers ou des jardins.

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Visite aux Jardins du ruisseau d’une agence gouvernementale chargée du développement local (© Insight Korea).

Il va de soi que tous les jardiniers se font un point d’honneur à n’utiliser aucun pesticide. La révolution verte est en cours.